Compresseur d’atelier : partir des outils à alimenter pour définir le service d’air Le bon compresseur ne se trouve pas d’abord dans un catalogue : il se dessine dans votre atelier, outil par outil. Pression attendue à l’entrée de chaque outil, consommation lue dans sa notice, temps de marche réel, outils qui tournent ensemble, air filtré, sec ou lubrifié : une fois ce carnet rempli, vous ne cherchez plus « un compresseur assez gros », vous demandez un service d’air précis, que chaque fournisseur devra chiffrer et documenter. La méthode demande surtout de l’observation, et c’est à notre avis le meilleur moyen d’acheter sereinement un air qui suit le rythme de votre équipe. Pourquoi commencer par les outils plutôt que par le compresseur Dans son guide des compresseurs d’air, Atlas Copco décrit le besoin en air comme la somme de la consommation de tous les outils, machines et processus qui seront raccordés, en estimant pour chacun un facteur d’utilisation tiré de l’expérience ; il faut y ajouter les fuites, l’usure et les évolutions futures des besoins. Autrement dit, la réponse se trouve d’abord chez vous, dans la liste de ce que l’air devra faire travailler. L’INRS ne dit pas autre chose pour l’acquisition de toute machine : pour acquérir un équipement efficace et sûr, l’utilisateur doit définir son besoin aussi précisément que possible, et le cahier des charges devient un outil commun d’échanges avec le constructeur. Avant la mise en service, l’entreprise vérifie lors de la réception que les spécifications du cahier des charges sont respectées. Pour l’air comprimé, ce cahier des charges prend une forme très concrète : le carnet des outils. Notre conseil : remplissez-le avant le premier rendez-vous commercial. Vous y gagnez deux fois. Le fournisseur reçoit des données qu’il peut traiter, plutôt qu’une surface d’atelier et une vague impression de manquer d’air ; et vous recevez des propositions qui répondent toutes à la même demande, donc enfin comparables entre elles. Une ligne par outil : ce que la notice doit vous donner Commencez par l’inventaire : chaque outil pneumatique, chaque machine ou poste alimenté en air, avec sa désignation et sa référence exacte. Pour chacun, cherchez dans la notice ou la fiche technique la pression attendue à l’entrée de l’outil et la consommation d’air. Un catalogue d’outillage bien tenu présente ces données en tableau : celui d’Atlas Copco France indique pour chaque modèle la consommation d’air en litres par seconde, le diamètre de flexible recommandé et le filetage d’entrée d’air. Notez toujours la pression à laquelle la consommation est donnée. Dans son guide d’installation des outils pneumatiques, Atlas Copco indique qu’un outil pneumatique a besoin de 6,3 bar pour fonctionner à sa puissance nominale (pour le vôtre, la référence reste sa notice), et publie un tableau où la consommation varie avec la pression à l’outil : à 8 bar, elle atteint 125 % de celle obtenue à 6,3 bar. Deux consommations données à des pressions différentes ne s’additionnent donc pas telles quelles. Vérifiez aussi l’unité : une notice parle en litres par seconde, une autre en litres par minute, et 1 l/s correspond à 60 l/min. Si une valeur manque, écrivez « à demander » plutôt que de la remplacer par un chiffre trouvé ailleurs. La consommation d’un autre modèle ne décrit pas votre poste ; celle de la notice de votre outil, si. Information à relever | Où la trouver | Pourquoi elle compte Désignation et référence exacte de l’outil | Plaque, facture, notice | Relier chaque valeur au bon modèle Pression attendue à l’entrée de l’outil | Notice ou fiche technique | Fixe la pression que l’installation doit garantir Consommation d’air, unité et pression de référence | Tableau des caractéristiques | Base du débit à demander Filetage d’entrée et flexible recommandé | Tableau des caractéristiques | Limiter les pertes entre la prise et l’outil Lubrification et qualité d’air demandées | Notice d’utilisation et d’entretien | Définir le traitement de l’air nécessaire Temps de marche et simultanéité : décrire une vraie journée La consommation de la notice décrit un outil en marche. Or, dans un atelier, certains outils ne travaillent que par courtes séquences quand d’autres restent en marche longtemps. Atlas Copco résume l’enjeu dans son guide de dimensionnement : le débit se détermine en fonction de la fréquence et du nombre de tâches simultanées. C’est cette réalité que le carnet doit saisir. Pour chaque outil, observez la période la plus chargée de la journée et notez combien de temps il fonctionne réellement : un chronomètre et une feuille suffisent. Notez ensuite quels outils tournent en même temps, et dans quelles situations : journée ordinaire, pointe d’activité, opération rare mais importante. Ces observations valent mieux qu’un coefficient appliqué à l’aveugle, parce qu’elles décrivent votre équipe et non une moyenne venue d’ailleurs. Exemple pédagogique, avec des valeurs inventées pour le calcul, ni typiques ni recommandées : sur l’heure la plus chargée, l’outil A (10 l/s selon sa notice, à sa pression de référence) tourne 15 minutes, l’outil B (4 l/s) 30 minutes et l’outil C (20 l/s) 6 minutes. Rapportée à l’heure, la demande moyenne est de 2,5 + 2 + 2, soit 6,5 l/s. Mais si les trois outils tournent ensemble, la demande instantanée monte à 34 l/s. Moyenne et pointe ne racontent pas la même histoire : le carnet garde les deux, avec la durée et la fréquence des pointes. Comment couvrir l’écart entre moyenne et pointe ? Ce n’est pas au carnet de le décider : production d’air, stockage, régulation et réseau relèvent de l’étude du fournisseur. Votre rôle est de lui donner des scénarios honnêtes, sans gonfler chaque ligne « par sécurité ». Atlas Copco rappelle qu’un compresseur sous-dimensionné entraîne des pertes de charge et des tâches incomplètes, et qu’un compresseur surdimensionné peut provoquer des problèmes mécaniques et des défaillances : la justesse paie dans les deux sens. Qualité d’air : noter ce que chaque outil exige, ni plus ni moins La norme ISO 8573-1:2010 classe la pureté de l’air comprimé selon trois familles de contaminants : particules solides, eau et huile. Atlas Copco explique que la pureté s’écrit sous la forme particules:eau:huile, par exemple 1:2:1, les nombres inférieurs signifiant un air plus propre. Le fabricant conseille de définir uniquement le niveau de pureté réellement nécessaire, car un air très propre demande davantage de filtration, de séchage et d’énergie. À titre d’indication, ce fabricant écrit que les outils pneumatiques de la fabrication générale fonctionnent généralement bien avec une classe 3:4:4, tout en précisant que les exigences réelles varient selon le procédé, le climat et le type de compresseur. La colonne qualité d’air de votre carnet reprend donc d’abord la notice de chaque outil : filtration demandée, air sec ou non, lubrification. Si un procédé impose une classe précise, notez-la avec sa source ; s’il n’en impose pas, ne l’inventez pas. La lubrification mérite une colonne à part. Selon le guide d’installation d’Atlas Copco, certains outils n’en ont pas besoin, comme ceux équipés de palettes spéciales sans lubrification ou les turbines, alors que d’autres en ont besoin ; le même guide rappelle que le filtre sépare l’eau et les particules solides, et que faire travailler des outils sans filtre raccourcit leur durée de vie et augmente les coûts de maintenance. L’eau, enfin, se condense dans l’air comprimé : elle peut corroder les tuyauteries, perturber la lubrification des outils et créer un risque de gel. Selon votre application, ajoute Atlas Copco, vous aurez peut-être besoin d’un compresseur sans huile ou lubrifié : votre carnet donnera au fournisseur de quoi justifier ce choix. La pression qui compte est celle à l’entrée de l’outil Atlas Copco distingue la pression statique, obtenue dans un circuit fermé quand aucun air n’est utilisé, de la pression dynamique à l’entrée de l’outil, mesurée outil en marche. Le manomètre du régulateur n’indique pas la pression à l’outil : pour la connaître, il faut un manomètre monté en T à l’entrée de l’outil, installé circuit mis hors pression, comme pour toute intervention sur l’air comprimé. C’est, à notre avis, la mesure la plus parlante qu’un atelier puisse faire avant d’acheter. Selon ce guide, l’essentiel de la perte de charge se produit entre l’extrémité de la tuyauterie et l’outil : vanne d’arrêt, unité de traitement d’air, raccords et flexible. Les petits raccords, les flexibles trop longs ou de faible diamètre et les flexibles spiralés en créent. Le fabricant écrit que la distance entre l’outil et la prise ne devrait idéalement pas dépasser 3 à 5 mètres, estime que les pertes dans l’unité de traitement, le raccord et le flexible ne devraient pas dépasser 0,6 à 1,0 bar, et juge raisonnable de travailler avec 7 bar au réseau pour obtenir 6,3 bar en bout d’outil. Ajoutez donc à chaque ligne la longueur et le diamètre du flexible, le nombre de raccords et la distance jusqu’à la prise. Pour fixer la pression à demander, Atlas Copco recommande de commencer par identifier la pression minimale requise la plus élevée parmi tous les utilisateurs, puis d’y ajouter les chutes de pression du sécheur, des filtres, de la tuyauterie et des raccords. Le carnet vous donne le premier terme ; le fournisseur doit justifier les suivants. Traduire le carnet en service d’air à demander Le résultat du carnet n’est pas un modèle de compresseur : c’est une demande. Tel débit, à telle pression, selon tel profil de marche, avec telle qualité d’air. Le débit à demander est le débit d’air libre, ou FAD. Atlas Copco le définit comme l’air ramené aux conditions d’entrée du compresseur : il est mesuré en sortie, puis converti. Le fabricant conseille de comparer les compresseurs dans les mêmes conditions, généralement, mais pas nécessairement, celles de la norme ISO 1217:2009, et précise que, sauf indication contraire, le débit d’air libre d’un compresseur ou d’un outil a été mesuré aux conditions d’entrée de référence de 20 °C, 1 bar et 0 % d’humidité relative ; d’autres secteurs ou régions utilisent d’autres références. Il recommande enfin de spécifier un système d’air selon le débit et la pression, et non selon la puissance en kW. Une notice montre bien pourquoi chaque mot compte. Pour un compresseur de 24 litres, un fabricant annonce une puissance d’aspiration théorique de 240 l/min, mais une puissance de sortie de 107 l/min à 4 bar et de 76 l/min à 7 bar. Trois chiffres, trois réalités : seul celui qui est donné à votre pression de travail répond à votre carnet. Le profil de marche compte autant. La même notice indique un mode de fonctionnement S3 25 % : sur une période de référence de 10 minutes, l’appareil peut fonctionner 2,5 minutes à sa puissance absorbée nominale, suivies de 7,5 minutes de refroidissement. Elle précise aussi que l’appareil n’a pas été construit pour un environnement professionnel, industriel ou artisanal. Rapprocher le cycle admis et l’usage prévu de vos temps de marche est, selon nous, la vérification la plus rentable avant de signer. Pour une machine sans fil, l’autonomie n’a de sens qu’avec ses conditions. Un fabricant exprime celle de son compresseur à deux batteries de 18 V en nombre maximal de cycles de soufflage par charge, de 6 à 8 bar, nombre qui varie selon la capacité en Ah des batteries ; si elles diffèrent, c’est la plus petite capacité qui compte. Demandez une autonomie exprimée de cette façon, puis rapportez-la à votre profil de marche. Ce que vous demandez | Ce que la réponse doit préciser Débit restitué (FAD) | Valeur, unité, pression de mesure et conditions de référence Pression disponible | Pression la plus élevée exigée par un outil, plus les pertes justifiées du traitement et du réseau Profil de marche admis | Mode de service ou facteur de marche, période de référence et conditions Puissance du moteur | Valeur en W et qualificatif (nominale ou maximale), sans la confondre avec le débit Capacité du réservoir | Volume en litres et rôle prévu dans l’étude du fournisseur Entraînement | Électrique, thermique ou batterie ; tension et phases, ou tension et capacité des batteries en Ah Qualité d’air | Filtration, séchage, lubrification ou classe ISO 8573-1 exigée par vos outils Niveau de puissance acoustique garanti | Valeur LWA garantie et norme de mesure ; à défaut, niveau mesuré avec son incertitude K Usage prévu | Usage professionnel admis ou non selon la notice Bruit et réservoir : deux points à faire documenter Sur le bruit, comparez des grandeurs identiques. La notice citée plus haut donne un niveau LWA de 97 dB et un niveau de pression acoustique LpA de 77 dB, chacun avec une incertitude de 1,5 dB, déterminés selon EN ISO 3744. Ce sont deux mesures différentes : demandez à chaque fournisseur la même, de préférence le niveau de puissance acoustique garanti. En France, l’arrêté du 18 mars 2002 relatif aux émissions sonores dans l’environnement des matériels destinés à être utilisés à l’extérieur des bâtiments range les motocompresseurs de moins de 350 kW parmi les matériels dont le niveau de puissance acoustique garanti ne peut dépasser une valeur limite admissible. Le marquage CE et l’indication de ce niveau garanti doivent être apposés de manière visible, lisible et indélébile sur chaque matériel. Demandez si la machine proposée entre dans ce champ et quelle valeur figure sur sa plaque. Le réservoir, lui, relève des équipements sous pression. En France, l’arrêté du 20 novembre 2017 encadre le suivi en service des équipements sous pression et des récipients à pression simples ; il soumet certains équipements à déclaration et à contrôle de mise en service selon des critères tels que la pression maximale admissible, le volume, leur produit ou le diamètre nominal. Ce carnet ne tranche pas ces questions : demandez la documentation du réservoir et le régime qui s’applique à votre configuration. Côté entretien courant, la notice citée plus haut demande de vidanger l’eau de condensation après chaque utilisation et de contrôler le réservoir avant chaque service pour déceler rouille et détériorations. À garder sous la main □ Lister chaque outil et poste alimenté en air, avec sa référence exacte. □ Relever dans la notice la pression à l’entrée de l’outil et la consommation, avec sa pression de référence et son unité. □ Noter le temps de marche réel de chaque outil sur la période la plus chargée. □ Décrire les outils utilisés en même temps : journée ordinaire et pointe d’activité. □ Reporter la qualité d’air exigée : filtration, séchage, lubrification, classe ISO 8573-1 éventuelle. □ Mesurer la pression dynamique à l’entrée des outils avec un manomètre monté en T. □ Demander un débit restitué à la pression requise, avec ses conditions de référence. □ Comparer le cycle admis et l’usage prévu par la notice avec les temps de marche du carnet. Puis-je additionner les consommations de tous mes outils ? Seulement si elles sont exprimées dans la même unité et à la même pression, et en gardant à l’esprit que la somme décrit le cas où tout tourne en même temps. Le carnet sert justement à distinguer la demande moyenne de la pointe, à partir de vos propres observations. Que faire si la notice d’un outil ne donne pas sa consommation ? Inscrivez « à demander » et interrogez le fabricant ou le revendeur de l’outil. Une valeur empruntée à un autre modèle fausserait toute la ligne, puis tout le calcul. Le compresseur le plus puissant est-il le choix le plus sûr ? La puissance du moteur ne dit pas le débit restitué à votre pression. Atlas Copco recommande de spécifier un système selon le débit et la pression plutôt que selon la puissance en kW, et signale qu’un compresseur surdimensionné peut lui aussi provoquer des problèmes mécaniques. Ce carnet remplace-t-il l’étude du fournisseur ? Non : il la rend possible et comparable. Production, stockage, traitement de l’air, régulation et réseau restent à étudier par un professionnel, à partir de vos données. Sources et repères Atlas Copco — Guide des compresseurs d’air : choix de la taille de votre compresseur — https://ebooks.atlascopco.com/story/guide-des-compresseurs-dair/page/5 INRS — Acquisition d’une machine : ce qu’il faut retenir — https://www.inrs.fr/risques/acquisition-machine/ce-qu-il-faut-retenir.html Atlas Copco France — Catalogue outillage PRO 2021 (9833 8464 03) — https://www.atlascopco.com/content/dam/atlas-copco/local-countries/france/documents/documents-itba/9833%208464%2003_Catalogue%20PRO_2021_FR.pdf Atlas Copco — Pocket Guide Air Tools Installation (9833 1266 01, 2016) — https://www.atlascopco.com/content/dam/atlas-copco/industrial-technique/general/documents/pocketguides/1266%2001%20Pocket%20Guide%20Air%20tools%20installation.pdf Atlas Copco — Guide de dimensionnement du compresseur — https://www.atlascopco.com/fr-fr/compressors/wiki/compressed-air-articles/sizing-an-air-compressor Atlas Copco — Comprendre les classes ISO relatives à la qualité de l’air comprimé — https://www.atlascopco.com/fr-fr/compressors/air-compressor-blog/understanding-iso-classes-for-compressed-air-quality AFNOR — NF ISO 8573-1, Air comprimé, partie 1 : polluants et classes de pureté (juin 2010) — https://www.boutique.afnor.org/fr-fr/norme/nf-iso-85731/air-comprime-partie-1-polluants-et-classes-de-purete/fa156031/35467/ Atlas Copco — Comment déterminer la pression de service idéale pour votre compresseur d’air — https://www.atlascopco.com/fr-fr/compressors/wiki/compressed-air-articles/calculating-working-pressure Atlas Copco — Comprendre les mesures des compresseurs d’air : travail, puissance et débit — https://www.atlascopco.com/fr-fr/compressors/wiki/compressed-air-articles/physics-physicalunits2 Einhell — Mode d’emploi d’origine du compresseur TH-AC 240/24/10 OF (EH 01/2014) — https://d2c5rvsfjg2eub.cloudfront.net/asset/208244749100/document_rj80ffktll6q5fn846e9bboq33?attachment;filename=4020517_11013_001_SPK7.pdf Einhell France — Compresseur à air sans fil TE-AC 36/150 Li OF-Solo, fiche du fabricant — https://www.einhell.fr/p/4020415-te-ac-36-150-li-of-solo AIDA (INERIS) — Arrêté du 18 mars 2002 relatif aux émissions sonores dans l’environnement des matériels destinés à être utilisés à l’extérieur des bâtiments — https://aida.ineris.fr/node/28778 AIDA (INERIS) — Arrêté du 20 novembre 2017 relatif au suivi en service des équipements sous pression et des récipients à pression simples — https://aida.ineris.fr/reglementation/arrete-201117-relatif-suivi-service-equipements-sous-pression-recipients-a-pression